!css

Focus économique | février 2018

Dollar : vers un nouvel accès de faiblesse ?

- Après un rebond de 2014 à début 2017, l’indice dollar a perdu beaucoup de terrain, effaçant la moitié de ses gains.

- Toutefois, le billet vert a récemment repris des couleurs, les intervenants commençant à craindre un relèvement plus agressif des taux directeurs aux Etats-Unis en réaction à de plus fortes pressions inflationnistes.

- Le dollar devrait encore perdre du terrain contre l’euro en 2018 même s’il pourrait être brièvement soutenu par une révision des anticipations de hausses des taux aux Etats-Unis sous l’effet de l’inflation.

L’année dernière a été marquée par des tendances contrastées sur le marché des devises. Alors que le dollar cédait 10% après un rebond de 30% de la mi-2013 à la fin 2016, l’euro regagnait environ 15%, corrigeant ainsi plus de la moitié de ses pertes enregistrées depuis 2014, et le sterling progressait doucement pour s’approcher des niveaux observés avant le Brexit. Enfin, les devises émergentes se reprenaient contre le dollar grâce à la reprise économique mondiale, une hausse des prix des matières premières et un redémarrage des exportations sous l’impulsion du commerce international.

Même si la Réserve fédérale américaine (Fed) est plus avancée dans son processus de normalisation monétaire (avec une première hausse des taux en décembre 2015 et une réduction de son bilan depuis octobre 2017), nous pensons que le dollar restera sous pression pour des raisons structurelles.

Comment expliquer le rebond du billet vert ces dernières années ?

1. Une croissance robuste. La reprise économique a été plus forte et plus rapide aux Etats-Unis que dans les autres pays développés, permettant au dollar de reprendre des couleurs. Beaucoup pensaient que cela générerait des pressions inflationnistes mais ces espoirs ont longtemps été déçus, limitant la progression des taux américains et favorisant un aplatissement de la courbe de rendements.

2. Une divergence des politiques monétaires. Quand la Banque centrale européenne (BCE) s’est lancée dans un programme d’achat d’actifs en mars 2015, les marchés ont commencé à anticiper une divergence des politiques monétaires américaines et européennes, provoquant un affaiblissement de l’euro et un renforcement du dollar.

3. Les performances des actifs américains. Les sociétés américaines ont vu leurs résultats tirés par une croissance robuste, attirant ainsi les investisseurs vers les actions. Par ailleurs, en période de reprise cyclique, le dollar tend à surperformer contre les autres devises des pays développés.

Pourquoi prévoyons-nous un nouvel accès de faiblesse du dollar en 2018 ?

1. Une réduction des écarts de croissance. Même si l’activité économique restera forte aux Etats-Unis grâce aux baisses d’impôts, l’écart de croissance avec la zone euro se réduira. Par ailleurs, les grandes économies émergentes sont en sortie de récession et l’activité en Chine a dépassé les attentes.

2. Un revirement des risques politiques. Les risques politiques sont passés de la zone euro aux Etats-Unis. La défaite des partis populistes européens lors de diverses élections au premier semestre 2017 a ravivé l’espoir d’une réforme des institutions européennes, permettant à l’euro de se reprendre. A l’inverse, les Etats-Unis ont été régulièrement confrontés à des impasses politiques ces derniers temps.

3. Les anticipations monétaires. Alors que l’écart de rendement entre les obligations d’Etat à 10 ans américaines et allemandes a inscrit un pic à 235 points de base en décembre 2016, le différentiel de taux courts ne s’est que légèrement rétréci. L’attention se focalise désormais davantage sur les politiques monétaires de la Banque centrale européenne.

4. Un dollar surévalué. Voila un an, le dollar a inscrit un plus haut cyclique et il a ensuite commencé à corriger à la baisse. Nous pensons que cette tendance se poursuivra, car le billet vert reste cher, malgré tout.

Conclusion

Le dollar devrait encore perdre du terrain contre l’euro en 2018 même s’il pourrait être brièvement soutenu par une révision des anticipations de hausses des taux aux Etats-Unis sous l’effet de l’inflation.

Lire le point de vue de février 2018